Crise financière: M. Sarkozy cherche à imposer une vision franco-européenne

19 Septembre 2008 Arnaud Leparmentier et Anne Michel - "le monde"



Refaire avec la crise financière ce qu'il a fait avec la crise géorgienne pendant l'été. Nicolas Sarkozy rêverait d'imposer ses vues en Europe et face aux Américains, alors que les banques d'affaires de Wall Street disparaissent. Mais les marges de manœuvre sont beaucoup plus faibles en finance qu'en diplomatie. Pour ne pas créer de panique, les grands argentiers ne pipent mot, laissant la Banque centrale européenne (BCE) gérer la crise en injectant massivement des liquidités. Aucun conseil exceptionnel des ministres des finances n'a été convoqué, ni par la ministre française Christine Lagarde ni par le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe.
M. Sarkozy estime qu'il y a une opportunité politique à saisir. Le président est à la pêche aux idées, qu'il compte exposer au plus tard lors de son discours de Toulon jeudi 25 septembre. Il espère en trouver à New York, où il se rend dès samedi, pour un week-end privé avant l'assemblée générale des Nations unies. Il espère rencontrer notamment le secrétaire au Trésor Henry Paulson et le président du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn.
A Paris, le président de la République a demandé à tous les services (Bercy, Banque de France, Commission bancaire...) de faire des propositions.
Il veut avancer toute une série de mesures pour mieux réguler la finance mondiale et en faire un sujet majeur de la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement mi octobre. Dès le 10 septembre, M. Sarkozy a envoyé au président de la Commission européenne José Manuel Barroso une lettre où il demande à ce que le conseil écofin soit "informé régulièrement et sans concessions de la situation des marchés internationaux, notamment des risques de bulles financières". Aveu que les responsables politiques n'ont aucune prise sur les institutions financières.

PAS ARMÉS POUR SE COORDONNER
Surtout, le président demande un assouplissement de la règle comptable mondiale qui exige de valoriser les actifs des banques à leur valeur de marché. Celle-ci a un effet pervers : lorsque les Bourses s'effondrent, la valeur des actifs des banques suit et il faut les recapitaliser. "Un durcissement aveugle des normes ou une prolifération des règles ne serait pas une réponse", écrit M. Sarkozy, qui craint que cette règle ne conduise à "une vision à court terme en défaveur de l'épargne et du financement à long terme des entreprises et des ménages". Cette proposition suscite des doutes à Bercy : les Français lanceraient en pleine crise le signal qu'ils veulent s'affranchir des règles prudentielles.
Le président revient sur sa demande de surveiller les agences de notation. Mais l'enjeu décisif résiderait dans la création d'une Commission bancaire européenne pour superviser les établissements. Pour le moment les Européens n'en veulent pas. M. Sarkozy se contente d'estimer qu'"il faut trouver le bon équilibre entre compétences nationales et renforcement de la coopération européenne".
Les Européens ont fait par le passé des simulations de faillites bancaires. Mais ils constatent qu'ils ne sont pas armés pour se coordonner réellement en cas de défaillance d'un établissement gigantesque, implantés dans plusieurs pays.
A court terme, l'Etat français interviendrait immédiatement si un établissement financier faisant courir un risque systémique à la place de Paris en défaillant. Certains voient toutefois dans la crise américaine une opportunité. La défaillance de l'assureur américain AIG n'est pas si défavorable aux géants européens de l'assurance que sont Axa et Generali. La fin des banques d'affaires de Wall Street peut marquer la montée en puissance des grandes banques de dépôt européennes... à condition que la crise soit endiguée.




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